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2 jours entre Ausengate et Rainbow Mountain au Pérou

Je poursuivais ce voyage de 3 semaines entre Pérou et Bolivie. Après quelques jours passés à Cusco à 3400m d’altitude et un trek de 4 jours autour du Salkantay et du Machu Picchu, je voulais maintenant découvrir des paysages plus sauvages.

La Vinicunca Montana, baptisée également Montagne aux Sept Couleurs ou Montagne Arc-en-Ciel, culmine à 5200m d’altitude et reste un endroit très couru des touristes. L’altitude étant très élevée, la plupart font l’aller-retour dans la journée et montent au sommet à dos de cheval via une large piste. A force de documentation et d’analyse de cartes, j’avais trouvé un accès opposé qui me permettrait probablement de découvrir des paysages majestueux et bien plus calmes. Ne voulant pas gérer toute la logistique seul et aussi par sécurité, je me mettais en recherche d’un guide. Après quelques recherches sur internet, j’étais en contact avec Sebastian, un habitant de Tinki, également guide. Le prix proposé était très attractif (200 soles, environ 50 euros) mais on ne peut pas dire que les premiers échanges furent très fournis. En effet, celui-ci se contentait souvent de répondre par « okay » tandis que je me retrouvais à lui indiquer entièrement l’itinéraire. Je partais donc, non sans une légère appréhension.

Ausengate

Nous avions rendez-vous à Tinki en fin de journée, je prenais pour cela un bus depuis Cusco qui me déposait à la nuit tombée dans un village d’altitude poussiéreux. Moi qui cherchais du dépaysement, je m’apprêtais à vivre une expérience très loin de ma zone de confort.

Je retrouvais donc mon guide sur la place centrale tandis que j’appréhendais un peu les prochains jours. Dès le début, la conversation était un peu compliquée. Lui parlait surtout Quechua et nous tentions de nous comprendre le mieux possible. Nous commencions par faire quelques courses pour les prochains jours dans une épicerie bien locale.

Ausengate

Une fois les bras chargés de victuailles, nous nous mettions en route vers sa maison. Pour cela, je m’apercevais qu’il faisait appelle aux services d’un voisin qui nous conduirait le long d’un chemin caillouteux, à 6 dans une vieille voiture. Quelques kilomètres plus loin, nous arrivions dans une campagne isolée et je découvrais la maison où je passerai la soirée et la nuit avant d’attaquer notre randonnée à 4h le lendemain matin. En effet, Sebastian m’avait proposé de passer la première nuit chez lui avec sa famille. Je me disais que cela pourrait être l’occasion de rencontrer des personnes plus authentiques que dans les lieux touristiques. Je ne m’attendais simplement pas à découvrir un endroit si rudimentaire. Nous arrivions donc devant la maison par une nuit noire, sans un seul éclairage aux alentours. Nous étions au milieu des champs avec seulement quelques maisons éparses. Nous traversions une cours boueuse peuplée de moutons et cernée de deux bâtiments. Sebastian me montrait dans l’un d’eux ce qui serait ma chambre pour la nuit : 4 murs surmontés d’un toit en tôles, avec quelques planches en guise de porte, un sol en terre battue et un lit posé dans un coin. L’habitation ne disposait d’aucun chauffage ni lumière tandis que la température extérieure devait approcher le 0°c. Il me fallait quelques minutes pour m’adapter à la situation et me dire qu’après tout l’important était de découvrir de beaux paysages et vivre une expérience hors du commun. Une fois un peu installé, je rejoignais la famille dans l’autre habitation tout en espérant y trouver un peu plus de confort. Cette autre pièce avait l’avantage de disposer d’un feu autour duquel étaient assis les 4 enfants et l’épouse de Sébastian. Une bonne dizaine de cochons d’inde couraient également au sol. Je m’installais sur le rebord d’un lit qui semblait être l’unique lit de l’habitation. Il fallait quelques minutes pour casser la glace et les enfants semblaient rapidement m’adopter. Nous tentions une petite discussion qui restait tout de même très limitée. Le repas servi était simple mais très bon. Tout semblait bien frais et c’était probablement mieux étant donné que l’habitation ne disposait pas de réfrigérateur. Après cette petite soirée pour le moins unique, il était temps de retrouver mon sac de couchage. J’étais d’ailleurs très content d’avoir opté pour un modèle très chaud en plumes.

A 3h30, le réveil sonnait comme si je venais juste de m’endormir. Quelques minutes plus tard, une fois les affaires rassemblées, nous marchions dans le froid et la nuit à travers champs. Les 4200m du départ limitaient un peu ma vitesse. Il fallait s’économiser pour tenir le programme chargé de la journée qui nous amènerait sur plus de 20km à passer deux cols avoisinant les 5000m. Vous pouvez d’ailleurs retrouver ci-dessous la trace GPS de cette randonnée et éventuellement la télécharger. L’affichage est meilleur en utilisant le fond de carte Open Topo à partir du pictogramme situé en haut à droite de l’écran et en passant en mode plein écran via le symbole carré à gauche de la carte.

Après déjà une longue marche de plus de 8km, nous arrivions au niveau des sources d’eau chaude d’Upis regroupant quelques refuges. Nous aurions d’ailleurs pu y passer la nuit afin de raccourcir cette journée de marche, d’autant plus que le lieu est directement accessible en voiture via une piste. L’endroit était vraiment lunaire avec seuls quelques puits d’eau bouillonnante venant ponctuer le paysage.

Ausengate

Après un bon petit déjeuner pris à l’abri du vent et du froid, nous repartions tranquillement vers la première difficulté importante, le col de La Arapa situé à 4850m d’altitude. Cette ascension ne m’épargnait pas et je devais déjà puiser dans mes ressources pour arriver au sommet. A partir de la carte, je comptais régulièrement le nombre de mètres restant jusqu’au sommet et opérais toutes sortes de calculs pour occuper mon esprit tandis que l’effort se faisait toujours plus difficile. J’étais à ce moment là en plein doute étant donné que nous n’avions pas encore parcouru la moitié de notre trajet et qu’il nous restait un col à 5000m à atteindre. Je n’avais en fait pas réalisé les jours précédents que les guides proposaient des arrêts très réguliers et que le rythme n’avait rien à voir avec celui de Sébastian. Mon acclimatation n’était manifestement pas suffisante pour affronter des passages à 5000m sereinement. Je m’apercevrai d’ailleurs plus tard qu’elle ne le serait jamais. Autant les marches à 4000m paraissaient plutôt reposantes, qu’en approchant les 5000m je me mettais à chaque fois à douter et me sentais extrêmement faible, surtout avec quelques 15kg sur le dos.

Ausengate

Heureusement, les kilomètres suivants seraient assez plats ou descendants et surtout, les paysages me feraient vite oublier la fatigue. Tout était incroyable, les lacs tantôt noir profond, tantôt bleu turquoise, les glaciers tombant sur les pentes de l’Ausengate culminant à quelques 6384m, des successions de cascades.

Ausengate Ausengate Ausengate Ausengate Ausengate

C’est au bout de 15km de marche que viendrait se présenter la principale difficulté de la journée, une remontée de 500m de dénivelé jusqu’à atteindre un col à 5000m. Je ne sais plus combien j’ai pu mettre de temps à atteindre ce sommet, mon esprit a du perdre ce type d’information à ce moment-là. Chaque pas me paraissait simplement extrêmement long. Je rentrais dans une routine d’économie, alternant quelques pas très lents et une pause de quelques secondes. Je regardais le plus possible le paysage pour essayer d’en tirer un peu d’énergie. Une fois arrivé au col j’avais la plus grande difficulté à m’asseoir tandis que Sebastian profitait tranquillement de la vue. Heureusement, après quelques minutes j’avais déjà récupéré. Mon taux d’oxygène sanguin était certainement remonté et j’avais désormais l’esprit plus clair pour profiter du paysage à 360°. D’un côté de la crête sur laquelle nous étions se tenait l’Ausengate, majestueux et disparaissant dans les nuages. De l’autre côté, une vallée lunaire où l’on apercevait au loin des alternances entre averses et éclaircies.

A ce stade, l’itinéraire du jour touchait à sa fin mais je n’étais pas au bout de mes surprises.

Ausengate Ausengate Ausengate

Il ne restait plus que 2km à parcourir en descente pour rejoindre le campement du soir. Je me laissais donc porter par la pente tandis que la moindre petite remontée représentait un effort démesuré. Nous arrivions finalement au milieu d’un espace à l’herbe rase entouré de quelques abris. Je ne voyais aucune cabane aux alentours, juste une ou deux tentes posées par quelques rares randonneurs. Il m’avait bien semblé que Sebastian n’avait pas emmené d’abri et je n’en disposais pas non plus. De même, son petit sac ne contenait que peu de nourriture et j’étais affamé après une si longue journée de marche. J’avais bien apporté quelques encas mais pas vraiment de quoi récupérer après un tel effort. Pour ne rien arranger, une pluie fine commençait à tomber et la température tombait sérieusement à cette altitude. Inquiet, je commençais donc à lui poser quelques questions. C’est là que je découvrais les limites d’organisation d’un guide non diplômé. En effet, la plupart d’entre eux vont suivre une formation de 5 ans dans une école spécialisée de Cusco où ils apprennent à gérer un groupe, à parler anglais, à renseigner les clients sur la nature et aussi à organiser leurs sorties en fonction du temps et du groupe. Cela peut nous paraître évident au premier abord après avoir réalisé quelques sorties accompagnées mais ça l’est certainement moins pour un berger n’ayant pas vécu comme un occidental. De son côté Sébastian n’avait pas eu les moyens de financer cet enseignement. Son accompagnement était donc plus artisanal mais l’avantage est qu’il était plein de ressources et connaissait de nombreuses personnes dans les montagnes. Son manque de préparation était donc largement compensée par sa capacité à improviser toutes sortes de solutions.

Il me laissait donc me reposer quelques minutes avec un peu de nourriture tandis qu’il partait en recherche d’un lieu plus adapté pour passer la nuit. Je le voyais partir au pas de course dans la montagne et revenir quelques minutes plus tard. Il m’indiquait qu’un peu plus haut, des amis bergers pourraient nous héberger pour la nuit. A peine plus de 50m de dénivelé nous séparaient de notre gîte mais j’étais vraiment à bout de force.

Nous arrivions finalement au pied d’une bergerie composée de 3 bâtiments rudimentaires avec un troupeau de lamas au milieu. Sebastian m’indiquait l’une des cabanes qui serait ma chambre pour la nuit : quelques peaux jetées au sol, recouvertes de couvertures dans un abris servant visiblement de réserve. J’étais tellement fatigué que je trouvais l’endroit parfait pour me reposer. Je dépliais rapidement mon sac de couchage pour entamer une petite sieste réparatrice. Un peu plus tard j’aurais le droit à un superbe dîner que j’accueillais comme un festin après une si longue journée.

Nuit dans la bergerie

La nuit à 4700m fût forcément moins réparatrice que prévu. En plus du froid glacial, j’étais régulièrement réveillé par le mal de tête et l’impression de ne plus respirer. A 4h du matin, le lever me paraissait impossible. Je me préparais et nous attaquions directement une pente raide pour atteindre un premier col à 5000m. Heureusement, de l’autre côté les paysages seraient une fois de plus splendides avec la lumière de l’aurore. Je ne pouvais pas tellement m’attarder, sortir le trépieds et les filtres pour photographier ces endroits comme il se doit. En effet, nous souhaitions être au sommet de la Montagne aux 7 couleurs au lever de soleil et il restait encore presque 2 km à parcourir, entre 4700 et 5000m.

Vincuna Montana Vincuna Montana

Après une nouvelle ascension, nous arrivions devant l’objectif du jour, au moment où les premiers rayons de soleil perçaient à travers les nuages. La marche avait été courte mais déjà extrêmement fatigante. Nous étions quasiment seuls en cet endroit habituellement chargé de monde. Deux autres personnes profitaient également de ce lever de soleil avec une montagne multicolore gelée en face de nous.

Vincuna Montana Vincuna Montana La montagne aux 7 couleurs

Nous profitions au maximum du lieu et du paysage alentours. Un peu plus vers le sud, nous apercevions une zone complètement rouge : la Red Valley. Nous nous mettions donc en route dans cette direction pour rejoindre un autre sommet au delà de 5000m, le mont Hatun Rit’iyuq. Cette montée n’avait rien de compliquée mais la fatigue de la veille, la petite nuit et l’altitude avaient raison de mes capacités. J’étais heureux d’atteindre ce dernier sommet et de découvrir un nouvel environnement bien différent de ce que nous avions parcouru jusque là.

Vincuna Montana Vincuna Montana Vincuna Montana

Nous amorcions notre descente dans le sable rouge et parcourions très vite les quelques kilomètres restant. Je pouvais enfin avancer à un rythme correct et gagnais même la course dans la pente avec Sebastian qui n’osait pas se lancer dans le sable. Sur le chemin, nous commencions à croiser les premiers touristes. Leur flux grossissait au fur et à mesure que l’heure avançait.

Vincuna Montana

Nous atteignions finalement le parking de Llacto Cancha où nous prenions un petit-déjeuner bien mérité. Sebastian se mettait alors en recherche d’un véhicule retour qui nous permettrait de retourner dans la vallée. Le problème était qu’à cette heure-là, personne n’était prêt à redescendre. Il nous faudrait alors patienter plusieurs heures avant de pouvoir trouver un conducteur qui nous faisait payer le prix fort. Au terme de la piste cahoteuses et interminable, nous prenions un bus en direction de Cusco. Sebastian me laisserait alors poursuivre de mon côté.

Même si son organisation était loin d’être aboutie et que le prix final avait plus que doublé avec tous les extras demandés au fil du trajet (nourriture, trajets en voiture et bus, hébergement), je repartais avec une belle expérience qui m’aura permis de découvrir cette région autrement et de faire également la connaissance de quelqu’un de très sympathique.

Je retournais maintenant à Cusco où je passerai une nuit avant de m’envoler pour la Bolivie et d’autres aventures au bout du monde.

A bientôt pour de nouvelles photos.

Fred

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