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Au pied du Sajama, plus haut sommet de Bolivie

Le Nevado Sajama, point culminant de Bolivie avec ses 6542m, trône fièrement au milieu d’un plateau désertique posé à 4200m. C’est en parcourant inlassablement les cartes lors de la préparation de mon séjour que j’étais tombé sur la région. J’avais donc prévu de m’y rendre après 4 jours d’exploration à travers les déserts du Sud de la Bolivie.

Je terminais donc tout juste ce précédent tour et prenais le bus de nuit reliant Uyuni à La Paz. Je demandais au conducteur de me déposer au passage à Patacamaya où il me laissait au bord de l’autoroute sur les coups de 5h30 du matin ; un peu rude comme réveil ! De là, je rejoignais le centre ville à pieds au lever de soleil. Je découvrais des carrefours poussiéreux où convergeaient de nombreux minibus désservant toutes sortes de destinations. Je savais qu’un bus pourrait m’emmener au départ de la route vers Arica au Chili, entre 11h et 13h. Mais voilà, je ne comptais pas tellement passer la journée ici alors, après un petit déjeuner bien local à base de soupe et de poulet, je commençais à prospecter les environs. Je me rendais finalement au carrefour prévu et trouvais là un minibus prêt à partir dans la même direction.

Presque 2h plus tard, celui-ci me laissait au milieu de nulle part, à un croisement avec une piste menant 12km plus loin à Sajama. J’apercevais au loin le poste frontière du Chili et de l’autre côté, le gigantesque Sajama avec sa tête recouverte de glace. Quelques personnes se faisaient déposer au même carrefour dans l’heure suivante et l’une d’elle contactait un habitant du village afin qu’il vienne nous chercher. Encore 30 minutes de piste cahoteuse plus tard et le paiement de l’entrée du parc, nous arrivions finalement à Sajama avec l’impression d’être arrivés au bout du monde. Je me rendais à la Posada Panatura Mario Y Ana qui bénéficiait de très bons commentaires sur internet. Sur place, je découvrais de belles petites habitations typiques aux toits de chaume et un accueil très sympathique de la propriétaire.

Lamas sur le plateau de Sajama

J’arpentais rapidement les quelques allées du village et prenais le temps de déguster un repas tout simple dans une épicerie / restaurant. La petite dame tenant le lieu et la grande table recouverte d’une toile cirée me donnaient l’impression de manger chez ma grand mère. Après ce bref repos et un petit échange, il était temps de se mettre en route pour les sources d’eau chaude situées à quelques 6km de marche de là. J’aurais pu demander à quelqu’un de m’emmener mais le trajet me permettrait de mieux découvrir l’ambiance du plateau peuplé de lamas et entouré de hauts volcans enneigés. L’après-midi avançant, quelques nuages commençaient à se former et subitement, je voyais trois trombes se former côte-à-côte (voir la photo ci-dessous). Ces mini-tornades étaient complètement inoffensives mais vu le sable déplacé j’étais heureux qu’elles restent au loin.

Sajama - Bolivie Sajama - Bolivie

Quelques kilomètres plus loin je finissais par arriver aux Aguas Thermales. L’endroit était très bien tenu par les habitants du village. Deux bassins étaient mis à la disposition des visiteurs, l’un chaud et l’autre très chaud, ainsi que 2 bâtiments très bien aménagés pour se changer et éventuellement passer la nuit. Le bain dans une eau bien chaude et avec la vue sur le Sajama semblait irréel. Je repartais avec un sentiment de relaxation profond. Un groupe de touristes ayant réservé un transport vers le village, je profitais de la navette pour m’économiser avant l’épreuve du lendemain.

Sajama - Bolivie

De retour au village, j’entamais la soirée avec quelques photos du coucher de soleil. Le sajama était bien entendu le dernier sommet des environs à recevoir des rayons. Très vite, la température tombait aux alentours de 2°c et le vent devenait très fort. Je m’empressais alors de rentrer pour déguster un bon repas à l’hôtel en compagnie de touristes de tous horizons. Certains redescendaient de 3 jours d’ascension du Sajama tandis que d’autres le programmaient. L’envie d’y aller se renforçait mais ce voyage touchait à sa fin. Ce serait donc pour une prochaine fois …

Sajama - Bolivie Sajama - Bolivie Sajama - Bolivie

Le lendemain matin, je programmais le réveil pour 4h00 afin de rejoindre le départ de la randonnée au lever de soleil. Une villageoise me déposait aux abords des montagnes afin d’économiser 8 km de marche à travers le désert. Vu le programme de la journée et mon état de fatigue à la fin de celle-ci je n’allais pas regretter cette petite avance.

Je commençais donc à marcher en partant des geysers de Juchusuma. J’étais au point bas de la randonnée et pourtant ma montre affichait déjà 4400m d’altitude. Heureusement, cela faisait maintenant plus de 2 semaines que je côtoyais ce type d’altitudes. J’étais donc pleinement acclimaté, même si au delà de 4000m on ne s’acclimate jamais vraiment.

Le programme du jour consistait à relier trois lacs d’altitude (Lagunas Alturas) : la Laguna Casiri Macho, la Laguna Sora Pata et la Laguna Chiar Kkota. Le spectacle allait croissant au fur et à mesure que je découvrais chacune de ces merveilles. Dès le premier lac d’altitude, j’entrais en terre chilienne. Chaque remontée suivant la découverte d’un lac était exténuante. Les plus de dix kilos de matériel photo sur le dos me pesaient de plus en plus. La dernière ascension d’un col à 5050m avait quasiment anéanti mes dernières forces. Je marchais la tête baissée en fixant le sol à un rythme proche de celui d’une tortue fatiguée. Les chinchillas me narguaient par leur agilité et leur rapidité. Ils bondissaient de rocher en rocher avec une facilité que j’enviais.

Le dernier lac posé en face du Sajama se reflétant dans ses eaux sombres serait sans nul doute le bouquet final de cette ascension. La beauté était partout, je m’arrêtais de longues minutes à chaque point de vue pour profiter du paysage et cadrer une ou deux photos. Je ressentais désormais une fatigue très profonde, comme si j’étais vidé de mon énergie.

L’après-midi commençait à être bien avancée. Je savais qu’il me restait une longue marche pour retourner au village. Même si j’évoluais en descente, chaque pas restait difficile. Je m’astreignais à manger et boire le plus régulièrement possible afin d’éviter une quelconque défaillance qui serait très problématique vu le caractère très reculé de l’endroit. Après une descente déjà conséquente, j’apercevais finalement mon point de retour, tout au fond de la plaine s’étalant devant moi. Ma montre affichait déjà 14 km et je me demandais à combien j’allais bien pouvoir finir.

Une fois arrivé dans la plaine, je coupais à travers le désert pour rejoindre le village au plus vite. Les 4200m du plateau me paraissaient désormais bien reposants en comparaison des 5000m parcourus précédemment. L’immensité m’entourant me faisait également un peu oublier la fatigue ; tout était majestueux.

J’abordais finalement les rues du village sur les coups de 15 heures et au terme de 26km d’une marche exténuante. Je cherchais alors désespérément un endroit où manger un bon repas mais je ne trouvais qu’une petite épicerie. La dame tenant l’échoppe était assise là tranquillement. Elle me proposait un Coca, quelques fruits et des gâteaux salés qui me paraissaient aussi bons qu’un festin de Noël. Elle m’invitait à m’asseoir dans son magasin et nous tentions une petite discussion sur la vie au village et la politique du pays.

Le lendemain matin, je prenais à 6h l’unique bus retour vers Patacamaya. Il faisait un froid intense et l’attente dans la nuit me paraissait bien longue. J’étais triste de devoir quitter ce bout du monde si reposant pour l’esprit.

Quelques heures plus tard, j’attrapais un second bus depuis la rue principale de Patacamaya vers La Paz. Celui-ci me lâchait vers midi dans les rues de El Alto d’où je rejoignais La Paz en contrebas via le téléphérique. J’étais ainsi parachuté au beau milieu de l’agitation après cette semaine loin de tout dont je garderais des souvenirs magiques.

A bientôt pour de nouvelles photos.
Fred

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